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La massification de l'enseignement supérieur

Un peu plus d'1 jeune sur 2 accède à l'enseignement supérieur aujourd'hui, contre 1 sur 3 en 1991 et 1 sur 5 en 1971. L'objectif, fixé en 1985 par J.-P. Chevènement, de faire accéder 80% d'une classe d'âge au bac, a été un moteur puissant de cette massification. Dans les années à venir, le nombre d'étudiants devrait continuer d'augmenter, ne serait-ce que par l'effet mécanique de la démographie : 40 000 étudiants supplémentaires sont attendus à la rentrée 2018 et la population étudiante pourrait augmenter de 15% d'ici 2025, jusqu'à 2,9 millions d'étudiants (+361 000).

Cette massification sans précédent a produit en France une norme des études longues, à la fois durable, puissante et irréversible. Elle trouve ses racines dans l'aspiration démocratique à une université mettant les savoirs à portée de tous les citoyens ; elle répond aux mutations d'une économie qui fait appel à des travailleurs de plus en plus qualifiés, capables d'affronter des parcours professionnels non linéaires ; et elle permet de conjurer l'angoisse des familles face à la crainte du déclassement dans une société marquée par le chômage de masse et le poids considérable du diplôme sur les parcours professionnels.

Une massification socialement discriminante

Mais cette massification à marche forcée s'est révélée socialement discriminante, avec une translation des inégalités, c'est-à-dire un report vers des niveaux supérieurs des inégalités constatées précédemment aux niveaux inférieurs (au lycée). On a pu ainsi parler de « démocratisation ségrégative » (Pierre Merle). Le tri social est particulièrement frappant dans les classes préparatoires et dans les Grandes Ecoles. A l'ENS, 80% des élèves sont issus de la seule catégorie des cadres supérieurs et professions intellectuelles. Et les grandes écoles de commerce, qui sont aujourd'hui les plus attractives pour les classes supérieures, battent des records de reproduction sociale (leurs dispositifs d'ouverture sociale ont un impact réel limité). Mais cette sélection sociale concerne l'ensemble du système, puisque seuls 4 enfants d'ouvriers sur 10 accèdent à l'enseignement supérieur, contre 8 sur 10 chez les enfants de cadres.

Les filières sélectives intermédiaires, qui se sont beaucoup développées ces dernières années (BTS, DUT, plus récemment doubles licences ou CUPGE – sortes de classes prépas intégrées aux universités) sont elles-mêmes devenues difficiles d'accès pour les nouveaux bacheliers issus des classes populaires. Ceux-ci sont souvent relégués dans les premiers cycles universitaires non sélectifs, où ils expérimentent le désarroi, la distance à la culture universitaire et souvent l'échec – même si les taux d'échec élevés en licence masquent des situations très diverses d'abandon, mais aussi de redoublement et de réorientation.

Des universités sous dotées et un système éducatif élitiste

Cet échec important des étudiants issus des classes populaires, en 1er cycle universitaire, tient d'abord au sous-investissement patent dans l'enseignement supérieur, qui s'est encore creusé avec la loi LRU de 2007, dé-corrélant le financement des établissements du nombre d'étudiants inscrits. Entre 2008 et 2018, l'investissement public par étudiant a baissé de 10%, avec pour conséquence des conditions de travail dégradées (amphi et salles de cours bondées, taux d'encadrement enseignant insuffisant…). Mais ce chiffre masque des disparités : un élève de prépa coûte 50% plus cher qu'un étudiant de l'université. Ainsi il existe un consensus dans la communauté universitaire (CPU, syndicats) pour estimer aujourd'hui le besoin de financement de l'université à +1 milliard/ an. Par ailleurs, le salariat étudiant s'est considérablement aggravé au point qu'il concerne aujourd'hui près d'un étudiant sur deux, révélant de façon criante le sous-calibrage des bourses sur critères sociaux.

Ceci dit, les difficultés de l'université ne datent pas de 2008 et le tri social n'est pas qu'affaire de moyens matériels et budgétaires. Le rapport à la culture écrite et une forme d'ascétisme scolaire sont un enjeu essentiel de la réussite académique. Même si des progrès considérables ont été faits sur le terrain, par les équipes enseignantes, en matière de pédagogie, notre système éducatif dans son ensemble peine encore à mettre en œuvre les moyens pédagogiques d'acculturer aux études supérieures des jeunes issus des classes populaires qui en sont, au départ, très éloignés. Au contraire, notre enseignement supérieur reste très marqué par « l'élitisme républicain » (Christian Baudelot) qui caractérise de longue date l'ensemble de notre système éducatif, d'abord préoccupé d'évaluer, de trier et de sélectionner une élite pour le pays. D'outil de recrutement des élites, le « concours » s'est même généralisé pour devenir – désormais via Parcoursup – un instrument de régulation des flux scolaires et universitaires à l'heure de la massification des effectifs.

Reproduction sociale, normalisation, sélection

Légitimé par le « mérite », le concours est d'abord un formidable outil de reproduction sociale. La sélection qu'il opère repose encore massivement sur la primauté des humanités – la culture des élites intellectuelles – par rapport à la culture manuelle, technologique et pour une part scientifique.

Elle repose aussi de plus en plus sur l'individualisation des admissions (épreuves orales, sélection sur dossier, quotas…) au nom d'une recherche d'authenticité, de non-conformisme, de « talent pur », caractéristique du « nouvel esprit du capitalisme » (Boltanski et Chapello). Ces nouveaux systèmes de recrutement ne sont pas forcément moins ni plus discriminants, mais ils se sont recentrés sur la morale personnelle de l'individu, et en fait sur ses compétences sociales. Et le modèle du concours s'est même étendu au-delà du champ scolaire pour façonner en France une véritable « société du concours » (Annabelle Allouch).

Les réformes actuellement à l'œuvre cherchent en même temps à rigidifier, normaliser et rentabiliser les parcours des étudiants, sur le modèle des lignes droites propres aux filières sélectives. Or ce qui fait la force de l'université, malgré le dénuement de ses moyens, c'est justement qu'elle laisse la place à des parcours divers, atypiques, sinueux. L'université doit avoir davantage de moyens (financiers, humains, pédagogiques) pour mieux soutenir localement les étudiants dans leurs études et réduire la part de l'échec scolaire, c'est fondamental. Mais elle doit aussi laisser toute sa place aux étudiants qui se cherchent, s'interrogent, se réorientent, font une pause, reprennent leurs études (formation tout au long de la vie). Ceux-là aussi doivent être mieux accompagnés, dès le lycée et à l'université (information, orientation).

Quel projet politique pour l'enseignement supérieur en France ?

La mise en place de Parcoursup en 2018 parachève l'extension de la place du concours et la mise en concurrence des établissements, à l'œuvre dans les universités ces dernières années (cadre européen, LRU...). Elle ouvre aussi la voie, selon les vœux du Gouvernement, à un futur débat sur les droits d'inscription et sur l'économie générale de l'enseignement supérieur. Réservant ses efforts à la formation des élites en dehors de l'université, elle-même considérée comme une simple soupape sociale, l'Etat continue d'apporter des réponses malthusiennes et « méritocratiques » à l'insuffisance des moyens budgétaires et pédagogiques dont dispose aujourd'hui l'université pour faire face à la massification de la population étudiante, loin des ambitions de démocratisation de l'enseignement supérieur dont notre pays a pourtant besoin.

Depuis l'objectif posé dans les années 1980 d'amener 80% d'une classe d'âge au bac, aucun acte politique fort n'a posé de nouvelles ambitions pour l'enseignement supérieur en France. Pour répondre à ce besoin, notre mouvement ne devra s'interdire aucun débat, qu'il s'agisse par exemple de mettre en question la dualité de notre système (universités/ classes prépas et grandes écoles), de poser le recrutement et la formation des enseignants comme un enjeu majeur, ou encore de proposer de nouvelles ambitions concrètes – pourquoi ne pas reprendre à notre compte l'objectif d'arriver en 2025 à 60% d'une classe d'âge diplômée de l'enseignement supérieur ?


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