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une contribution au débat : le modèle d'une optimisation sociale

Une contribution au débat : le modèle d'une optimisation sociale.

Je me présente rapidement : j'ai 55 ans ; j'ai travaillé pendant 25 ans comme éducateur spécialisé ; j'ai obtenu un master en sciences humaines et sociales ; je fais actuellement une formation pour travailler comme psychologue du travail.

Le « grand débat » lancé par le gouvernement a imposé 4 thèmes : la transition écologique, la fiscalité et les dépenses publiques, la démocratie et la citoyenneté, l'organisation de l'état et des services publics.

Or, il manque un thème, qui est pourtant essentiel pour le débat démocratique, qui est pourtant présent dans les revendications des « Gilets jaunes », et son absence montre un certain dysfonctionnement politique. Il s'agit du thème du travail et de la politique économique.

C'est la question centrale du « pouvoir d'achat » posée par les « Gilets jaunes », mais aussi les retraités, les chômeurs, les précaires, la classe moyenne qui ressent un risque de déclassement, ou le vit réellement, etc. La question du pouvoir d'achat n'est pas qu'une question de fiscalité et de dépenses publiques (participation économique et redistribution économique notamment), c'est une question liée à la double problématique du travail et d'une politique économique.

Double problématique, ce qui signifie que travail et politique économique s'articulent et se distinguent (de même qu'il faut distinguer l'emploi et le travail).

Le travail et l'économique sont bien sûr liés : c'est par le travail (sous toutes ses formes) qu'une économie (à tous les niveaux : individuel, familial, territorial, national) peut se constituer et permettre au moins la subsistance et au mieux l'abondance de tout un chacun.

Mais le travail ne se réduit pas à l'économique : comme le montre fort bien C. Dejours, le travail a à la fois des incidences fortes au niveau individuel (le rapport subjectif au travail), et au niveau social (le travail est toujours social puisqu'il nécessite des formes de coordination et de coopération : ainsi, une organisation particulière du travail peut impacter l'organisation, y compris politique, du social).

R. Castel montre fort bien aussi le lien entre le travail, l'économique et le social : dans « Les métamorphoses de la question sociale », il dit avoir découvert à quel point la question du traitement politique du travail était essentielle pour comprendre les différentes formes historiques d'une société en générale, et en particulier « la question sociale » : à savoir, selon la définition de Castel, la manière qu'a une société de s'occuper des plus démunis. Castel décrit précisément le long et difficile établissement d'une société salariale, permettant d'amener de façon assez large une sécurité sociale pour les individus de la société ; actuellement (depuis les années 1980), ce modèle est compromis par de nouveaux rapports de force, venant notamment de la sphère économique : économie mondialisée, capitalisme financier. Dejours ajoute à cela la nouvelle organisation managériale du travail (de type néotaylorien selon D. Linhart).

Ainsi, une organisation économique du travail va avoir une influence déterminante sur les individus (leur pouvoir d'emploi – comme on dit qu'il y a un pouvoir d'achat –, mais aussi sur leur pouvoir de travail, et sur leur santé au travail – qui impacte aussi leur santé hors-travail), et sur les orientations politiques de la société (comme assurer la sécurité sociale de ses membres, comme garantir un certain pouvoir d'achat, etc.)

Je ne dis pas que ce thème est aisé, il est même très complexe (car il faut ajouter aux problèmes de mondialisation, de néotaylorisation et de financiarisation, le problème de l'automatisation du travail sous toutes ses formes : remplacement de tâches, de différentes natures – manuelles mais aussi intellectuelles, voire même relationnelles – par des robots et des intelligences artificielles). Je dis qu'il est incroyable que le thème du travail et de l'économique ne soit pas proposé au débat.

Ainsi, il s'agit d'articuler ce thème central du travail et de la politique économique avec les 4 autres thèmes proposés.

1/ Avec le thème (devenu) essentiel de la transition écologique : car le problème écologique pose, au fond, le problème, justement, du modèle économique.

On le sait, le modèle économique dominant est le capitalisme, et (sans être un expert) on peut dire que le capitalisme repose essentiellement sur un double principe : celui d'une liberté d'entreprendre, et celui d'une croissance continue ; plus il y a de liberté d'entreprendre, plus il y a de croissance, et plus il y a de croissance, plus cela bénéficie à tout le monde (par « ruissellement »).

Les promoteurs du capitalisme défendent l'idée que ce modèle a permis une forte amélioration, sans précédent dans l'histoire, du niveau global de vie des individus (grâce en particulier au développement de la science et de la technologie, que le capitalisme favorise particulièrement) : plus de confort, plus de soins médicaux, plus d'objets de consommation, etc.

Cela n'est pas faux.

Mais les détracteurs du capitalisme indiquent, d'une part, que ce modèle a généré des technologies polluantes voire destructrices, à la fois écologiquement, mais aussi socialement et psychologiquement ; car, d'autre part, ce modèle favorise un système sociétal individualiste et méritocratique, donc inégalitaire et clivant (les riches et les pauvres, les winners et les loosers), et même « paradoxant » (Hanique et Gaulejac).

Ce n'est pas faux non plus.

Le problème de ce modèle économique, c'est qu'il implique ce qui apparait comme « une croissance infinie », autrement dit « une croissance sans fin », c'est-à-dire sans finalité, autre que celle de produire davantage, encore et encore. Cela a donc un impact écologique ; mais aussi un impact civilisationnel : le regretté B. Maris posait la question : pourquoi, pourquoi cette croissance, à quoi sert-elle, quelle est son sens pour l'humanité ? Dans une perspective proche, J-P. Lebrun pose la question d'« un monde sans limite », où, la réponse à la question de la finalité et du sens par le modèle « capitaliste-libéral-technoscientifique » serait finalement que tout est possible, du moment qu'on, ou plutôt que quelqu'un parvient à le faire, au nom de sa liberté d'entreprendre … ; il suffirait donc d'une personne, ou d'un groupe de personnes, pour décider du sort de tous …

Il y a là une question qui est civilisationnelle et démocratique, ce qui relève d'une philosophie politique.

La crise écologique vient obliger la société humaine à (une nouvelle fois mais avec une échéance historique) poser la question collective du sens, et surtout tenter d'y répondre.

2/ Avec le thème de la démocratie et de la citoyenneté, puisqu'on vient de le voir il y a une question collective du sens qui est posée, via la crise écologique, liée au choix d'un modèle économique.

La réponse (ou même les réponses) à cette question ne va bien sûr pas de soi : d'abord parce qu'il y a une énigme de l'existence ; ensuite parce que chacun peut avoir un avis différent, et même une façon de faire différente : c'est bien tout le problème de la démocratie citoyenne que de vivre avec cette conflictualité permanente ; et enfin parce que la société se transforme : notamment sous l'impulsion du modèle démocratique justement (un modèle aristocratique ou dictatorial cherche à maintenir la société en l'état, pour maintenir les privilèges et les divisions sociales) ; mais aussi sous l'impulsion de la technoscience (qui est elle-même la conséquence d'une pulsion d'investigation, qui est au cœur du psychisme humain, qui, en cherchant à connaitre, transforme le monde)

Par conséquent, pour faire face à la question collective du sens, à la conflictualité permanente et à la transformation incoercible du monde et de la société, il faut un débat permanent, une délibération permanente.

Ce débat permanent peut prendre plusieurs formes :

- à l'occasion de l'élection de représentants sur les différents niveaux de territoire

- par référendum (d'initiative citoyenne, délibérative) sur les grands sujets de société à un niveau national, sur des sujets plus ciblés à un niveau territorial

- je pars du principe qu'un représentant ne pourra ignorer dans son projet politique et dans son application politique les résultats des référendums : la démocratie républicaine, c'est le gouvernement du peuple par le peuple ; un représentant n'agit pas pour lui-même, il agit à la fois en fonction des grandes lignes qui émergent du débat permanent et en fonction de ses propres convictions (sans le premier, il serait dans un fonctionnement autocratique, sans le second il serait dans un fonctionnement technocratique ; or, ni l'un ni l'autre ne sont bons pour la démocratie)

Ce débat permanent ne doit pas empêcher la prise de décision ; à un moment, il faut prendre une décision (décision qui doit se faire dans des conditions démocratiques) ; mais la décision ne doit pas empêcher le débat permanent.

Cependant, on le sait : la politique est traversée par des enjeux (de différentes natures) de pouvoir ; le problème est alors à la fois l'organisation du pouvoir, et l'organisation de contre-pouvoirs.

Cela tant au niveau de la société civile qu'au niveau des entreprises (qui ont un rôle politique important puisque, on l'a vu avec Dejours, l'organisation du travail impacte sur l'organisation sociale – il n'y a qu'à observer comment le management s'est diffusé de l'entreprise aux services publics). Autrement dit, le débat doit aussi avoir lieu dans les entreprises : c'est la question de la démocratie au travail, qui est liée à l'impact de l'organisation du travail sur la dimension politique et citoyenne.

Or, on a vu une régression importante du syndicalisme en France, qu'il s'agit donc de rétablir : je propose de rendre obligatoire une cotisation syndicale, prélevée sur les salaires, qui vaudra comme adhésion syndicale pour le salariés. Cette cotisation fonctionne, comme principe, de la même manière que le prélèvement sur le salaire de l'assurance chômage et de l'assurance maladie : elle donne de la sécurité sociale aux travailleurs, en permettant de débattre de façon démocratique les problèmes des conditions de travail et d'organisation du travail. Sécurité sociale (comme l'a bien montré Castel dans son livre « L'insécurité sociale. Qu'est-ce qu'être protégé ? ») qui est le principe (intentionnel) central de l'institution d'une société qui se dit et se veut démocratique, républicaine et solidaire (la sécurité sociale implique la solidarité sociale).

3/ Avec la fiscalité et les dépenses publiques : tout le monde le comprend, on ne peut dépenser plus que ce que l'on gagne, ou ce qu'on produit comme valeur d'échange ; sauf à se mettre dans une situation d'endettement à terme handicapante (de dépendance). Mais c'est bien là qu'il faut en amont avoir un débat sur une philosophie politique du travail et de l'économique.

Dans une politique économique favorisant le modèle capitaliste voire ultra-capitaliste : partant du principe que chacun est libre d'entreprendre (donc que chacun ne doit qu'à lui-même sa réussite « sociale » et donc sa « sécurité sociale »), et du principe que la croissance doit être maximale (comme effet d'entrainement de tout le système sociétal), on « comprend » que la fiscalité et les dépenses publiques seront minimum pour assurer la sécurité sociale (seulement des plus démunis) ; la fiscalité et les dépenses publics serviront surtout à permettre que le système capitaliste fonctionne le mieux possible.

Dans une politique économique favorisant un modèle solidariste (terme employé après la révolution française, mais qui a disparu au profit du terme socialiste – Cf. Castel) : partant du principe que la sécurité sociale et la solidarité sociale sont une plus-value sociétale et même civilisationnelle, qui ne sauraient être sacrifiées au nom d'une croissance dont on peut interroger la finalité, on comprend que la fiscalité et les dépenses publiques seront optimales (et non pas maximales) pour réaliser cette finalité proprement politique.

Il importe de distinguer maximum et optimum : Taylor, lorsqu'il élabore son organisation scientifique du travail, s'appuie sur une conception d'un travail maximal : il sélectionne le meilleur ouvrier d'un atelier, lui demande de réaliser un travail et le chronomètre, pour en déduire ce qu'est un travail maximal ; puis il indique à tous les autres ouvriers leur objectif de travail en fonction de ce maximum à atteindre. Bien entendu, cela va augmenter le rendement, la productivité, et « on » va en déduire que l'OST de Taylor fonctionne bien ; mais on minore alors le fait que ce travail maximum va aussi épuiser les ouvriers et provoquer différentes pathologies du travail (sans compter l'impact sur le hors-travail) ; Taylor (et d'autres) se contentera de dire qu'il suffit simplement de remplacer les ouvriers …

En France, Lahy (et d'autres) va critiquer le modèle taylorien du travail maximal, et proposer qu'on établisse un travail optimal : on chronomètre, à plusieurs reprises, tous les ouvriers d'un atelier, en situation normale de travail : ce qui inclut les temps de pause qui sont nécessaires pour effectuer un travail de qualité ; puis on en déduit une moyenne qui sera donc le travail optimal, qui servira de référence pour les ouvriers. Ce modèle a l'avantage de respecter la santé des travailleurs tout en leur permettant d'avoir une référence objective pour leur travail à accomplir.

On retiendra la définition générale de l'optimum : état le plus favorable pour atteindre un but ou par rapport à une situation.

On peut transposer cette analyse du travail à la situation politique de la fiscalité et des dépenses publiques : l'idée n'est ni d'avoir un minimum de sécurité sociale (modèle capitaliste qui permet d'avoir un maximum de productivité et de croissance) ni d'avoir un maximum de sécurité sociale (modèle idéaliste qui ne peut qu'aggraver la dette publique et donc à terme mettre en difficulté la sécurité sociale) ; mais d'avoir une sécurité sociale optimale (et donc une fiscalité et des dépenses publiques optimales), dans un modèle solidariste ; je rappelle que le projet de sécurité sociale pour tous repose sur la volonté démocratique (majoritairement partagée) d'une solidarité sociale.

Une remarque importante : l'idée d'une sécurité sociale optimale ne rejoint pas l'idée de « flexisécurité » : la flexisécurité se réalise en ajustant en permanence la sécurité sociale en fonction des fluctuations économiques nationales (et donc mondiales) ; alors que l'optimum est une valeur moyenne stable, qui sert de référence à atteindre ou à tenir ; son calcul (le calcul de la fiscalité et des dépenses publiques relativement à la couverture de la sécurité sociale) est à la fois réaliste et finaliste (il vise une finalité) ; son calcul doit bien entendu faire l'objet d'une évaluation dans le cadre du débat permanent.

4/ Avec l'organisation de l'état et des services publics : il découle des points précédents que l'organisation de l'état et des services publics doit permettre :

- de promouvoir la question collective du sens et de la finalité de la civilisation humaine, que la crise écologique vient nous poser ; il ne s'agit pas d'organiser pour organiser ; il s'agit d'organiser en fonction d'un certain sens, d'une certaine finalité ; finalité qui n'est pas fixée une fois pour toute, mais qui fait l'objet d'un débat démocratique

- d'assurer, par conséquent, un débat démocratique et citoyen permanent, notamment quant au modèle économique le plus favorable pour réaliser en premier lieu la transition écologique, mais aussi qui tienne compte du problème de l'organisation du travail (donc de la santé au travail), et de la sécurité sociale pour tous. Débat démocratique national pour les questions nationales de société, et débat démocratique territorial pour les questions territoriales de société : donc, un rôle des services publics est d'induire et de maintenir une culture du débat tant au niveau national que territorial

- la crise écologique vient indiquer une voie : celle d'une écologie politique (et même d'« une écologie de l'esprit », telle que Bateson a pu en rêver) ; pour qu'il y ait une politique écologique véritable, il semble nécessaire qu'il y ait une écologie politique ; la transition écologique repose aussi sur une transition politique

- cette transition politique repose sur tous les points présentés ci-dessus, desquels se déduiront l'organisation de l'état et des services publics.

Il s'agira notamment de favoriser le modèle d'une optimisation sociale (c'est-à-dire une optimisation de la sécurité sociale, et donc de la solidarité sociale) ; ce qui passe donc par une optimisation de l'état et de ses services publics. Je le rappelle, optimisation ne veut pas dire « faire mieux avec moins », selon la fameuse formule consacrée par le new public management (d'ailleurs, on note que l'optimisation fiscale consiste exactement en l'opération inverse !) ; « faire mieux avec moins » est de la maximalisation, au sens que lui a donné Taylor dans le champ d'une organisation « scientifique » du travail. Optimiser l'organisation de l'état et des services publics consiste donc à trouver le meilleur ratio possible, en termes de sécurité sociale, entre coûts de cette organisation et service effectivement rendu pour la sécurité sociale

- c'est donc l'optimisation sociale qui induira le calcul à réaliser quant à la fiscalité et quant aux dépenses publiques ; il ne s'agit pas dans ce calcul de ne pas tenir compte des différentes contraintes économiques (nationales et mondiales) : il s'agit de se donner un cap politique, un projet politique, qui est celui d'une optimisation sociale sur laquelle repose nécessairement le projet et la réalisation d'une société démocratique républicaine ; car l'abandon même partiel de l'optimisation sociale conduit inévitablement aux inégalités sociales et à la désolidarisation, et donc à l'abandon du projet démocratique républicain

- dans quels domaines l'optimisation de l'organisation de l'état et des services publics doit-elle se réaliser pour parvenir à l'optimisation sociale ? La liste optimale serait selon moi la suivante (liste non hiérarchique mais interactionniste) :

- La transition écologique, qui implique un changement de modèle économique : lutte contre les sources de « réchauffement climatique » et d'attaque de la biodiversité, promotion des « circuits courts » et du recyclage, lutte contre l'obsolescence programmée, débat sur la production d'objets de toutes sortes (économie d'abondance et de luxe) dans le contexte d'une crise écologique majeure qui implique tout le monde, etc.

- La sécurité sociale : qui, au nom de la solidarité sociale, intervient pour protéger les individus en cas de problème de logement, problème d'emploi ou de travail, problème de maladie ou de handicap ; ce qui implique des services publics (services territoriaux et services de proximité) dédiés ; d'autres services publics sont possibles, à condition que cela s'inscrive dans le principe de la sécurité sociale optimale – et non pas maximale

- Le logement : ce qui implique un encadrement politique et juridique des loyers ; ainsi qu'une politique de construction de l'habitat et une politique d'aménagement du territoire

- Le travail et l'emploi : ce qui implique d'une part, une politique d'aide à la création d'emplois, au maintien de l'emploi, au retour à l'emploi ; d'autre part, une politique du travail qui agisse sur différents volets : les conditions de travail, l'organisation du travail, l'évaluation collective du travail, la formation continue au travail, la santé au travail, la démocratie au travail.

Le principe de sécurité sociale doit concerner aussi bien les travailleurs du secteur public que du secteur privé, quelque soit les formes de contrat de travail.

- La maladie et le handicap : ce qui implique un réseau territorial et de proximité de professionnels travaillant pour le service public

- L'éducation et la formation, qui doivent être double : théorique et technique d'une part, culturelle et éthique d'autre part ; il s'agit autant de former un travailleur que de former un citoyen.

Par ailleurs, je préconise que l'éducation et la formation soient adaptées et différentielles (comme les premiers auteurs de l'éducation nationale l'avaient bien compris : lire Blais, Gauchet, Ottavi « Pour une philosophie politique de l'éducation ») : autrement dit, elles ne seront pas maximales (donc excluant et rabaissant les plus démunis) mais optimales, l'optimum étant établi en fonction du type d'étude et/ou de métier.

De plus, je préconise que l'éducation et la formation se fasse (autant que possible) sur un mode collectif : puisqu'il s'agit de favoriser (Dejours, Clot) le travail collectif et l'évaluation collective du travail ; par conséquent (dans le cadre d'une transition politique), je préconise d'abandonner la référence à la compétence (cet « attracteur étrange », comme le reconnait lui-même Le Boterf, mais sans l'interroger !), qui a progressivement envahi tout le champ de la formation et du travail, référence qui fait la promotion des capacités individuelles et d'une dynamique de compétition entre les individus, et qui s'avère au final contre-productive, dans le champ du social comme dans le champ du travail (Dejours).

- Le transport (routes et chemins de fer), l'énergie (écologique), la distribution d'eau et d'alimentation (écologique), relèvent aussi des services publics de l'état, car répondant à des besoins de première nécessité et au principe de la sécurité sociale optimale.

5/ Une remarque importante :

- le secteur privé lucratif (les entreprises du secteur marchand) est bien entendue important pour le dynamisme d'une société, pour son économie ; cependant, il faut poser le principe que les dépenses publiques (d'état ou territoriales), dont une partie provient de la fiscalité sur le secteur privé (taxation des produits et des transactions) sont engagées essentiellement pour la sécurité sociale, son optimisation

- le secteur privé associatif (loi de 1901) est aussi important pour le dynamisme d'une société, pour sa diversité sociale ; mais là aussi il faut poser le principe que les dépenses publiques sont engagées essentiellement pour la sécurité sociale et son optimisation.

Il se présente alors deux situations :

a/ le secteur associatif ne relève pas du domaine de la sécurité sociale : il doit donc fonctionner sur sa trésorerie propre

b/ le secteur associatif relève du domaine de la sécurité sociale : il peut fonctionner à partir d'une dotation publique, mais après que toutes les dépenses publiques des services publics de l'état ait été affectées

Dans tous les cas, l'état, en tant qu'il est un organe de régulation et de développement de la société, assure des rôles importants relativement au secteur privé :

- un rôle de facilitation du secteur privé et de son développement : cela passe notamment par les actions de formation et de recherche publiques, qui doivent s'articuler (pour partie) avec le secteur privé marchand

- un rôle de contrôle, relativement aux principes généraux de droit des citoyens et de sécurité sociale, d'une part, et de transition écologique et de précautions éthiques (bioéthique, socioéthique, technoéthique) d'autre part ; mis à part ces restrictions légitimes, chaque entreprise et association, par nature privée, dispose de sa liberté d'action et de créativité


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Commentaires 1

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Anne JOUBERT le vendredi 22 mars 2019 11:29

Une excellente analyse tout à fait fondée.
Juste un bémol : la question de"l'obligation" de cotisation syndicale nécessite un débat en termes de libertés et du rôle des OS à repenser.

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Une excellente analyse tout à fait fondée. Juste un bémol : la question de"l'obligation" de cotisation syndicale nécessite un débat en termes de libertés et du rôle des OS à repenser.