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La stratégie pour le secteur de l'énergie

Notre pays est entré comme le reste du monde désormais dans des transitions de différentes technologies mais aussi du vivant et multiple dans différents domaines que sont la biologie, le numérique, l'énergie. Or ce dernier secteur d'activité relève d'intérêts nationaux économiques ou patrimoniaux stratégiques. Notre mouvement sans entrer dans ces considérations s'est positionné dès sa fondation par l'élaboration d'une charte soumise au vote le 2 décembre 2017, au sein de laquelle l'enjeu environnemental est essentiel : « Alors que les crises humanitaires se multiplient, nous défendons un modèle de développement de transition qui implique la conversion écologique de l'économie, débarrassée du nucléaire. ». Notre objectif pour 2050 doit être fixé.

Mais un pays comme la France dont la géographie ne lui permet pas de compter sur des ressources propres qui assoiraient son indépendance au-delà des énergies renouvelables, doit sans cesse repenser sa politique énergétique à l'aulne des évolutions permises et en adéquation avec sa volonté populaire.

Le scénario que nous proposons doit pouvoir allier réalisme et mutation mais ayant pour objectifs constants : la sortie du nucléaire et la lutte contre le réchauffement climatique (baisse des émissions de CO2). Pour ce faire, l'efficacité énergétique et une évolution du mix vers les énergies renouvelables éventuellement associées à du stockage sont des leviers incontournables. Notre réseau de distribution d'électricité mais aussi de transport et d'interconnexion avec nos pays voisins doivent être adaptés aux évolutions futures. La régulation des marchés de l'énergie doit également permettre cette profonde transition.

Plusieurs scénarios ont proposé des chemins à suivre avec des variantes, par exemple le scénario de l'ADEME ou celui de RTE. Nous pensons que ces scénarios ne sont pas assez exigeants ni responsables vis-à-vis de la population. Ils repoussent sans cesse la construction d'une vision sans énergie nucléaire. Il faut planifier cette sortie, même si le temps nécessaire dépasse nos vies pour certains, car pour cette filière, ne pas choisir c'est tacitement assurer son maintien. Pour ce faire il faudra être capable de mettre en œuvre plusieurs projets concomitants.

Faire baisser progressivement les consommations

Le premier objectif est de faire baisser progressivement nos consommations énergétiques pour réduire nos besoins de productions mais aussi pour réduire notre dépendance énergétique vis-à-vis de l'étranger. Il faut sans relâche rappeler qu'une baisse de près de 30% de nos consommations est possible uniquement par les changements de comportements : appareils en veille, déplacements inutiles supprimés, baisse du surchauffage, etc. La mise en œuvre de l'accord COP 21 comme l'instabilité de la politique internationale doit nous inciter à aller collectivement dans cette direction. D'ici 2050, nous devons faire baisser la consommation d'énergie d'au moins 50%. De nombreux rapports convergent sur le caractère incontournable de cet objectif. Nous devons prendre des habitudes moins consommatrices et continuer à développer des équipements, véhicules, chauffages plus performants, en veillant aussi à limiter la consommation de l'éclairage public et des serveurs numériques (enjeu important pour le futur). Mais, en premier lieu, des économies sont à attendre d'une meilleure isolation thermique des logements : normes ambitieuses pour les logements neufs, bonne technicité des entreprises du bâtiment pour les rénovations. Pour tenir la date de 2050 nous devons rénover annuellement 800 000 logements et 3,5 % des surfaces tertiaires. Cette mutation ne pourra pas se faire sans un accompagnement de proximité. Des politiques publiques doivent proposer des méthodologies de changement avec des financements de long terme mobilisant de l'argent public et privé. Ces actions devront s'accompagner d'un processus de sortie de la précarité énergétique pour les millions de familles concernées par une revalorisation financière importante du chèque énergie et par son usage systématisé. Notons qu'il s'agit aussi d'une opportunité de développer une filière française de compétence dans le bâtiment, et l'occasion aussi de proposer des formations qualifiantes à ses employés.

Sortir des énergies fossiles et du nucléaire

Le deuxième objectif est celui de remplacer notre production d'énergie nucléaire et fossile que nous utilisons par une production d'énergie vraiment renouvelable. La fermeture des centrales nucléaires doit être planifiée et la montée en puissance de notre production d'énergie renouvelable et de la baisse de nos consommations ne doivent pas être des préalables. Le parc des 58 réacteurs doit être suivi et diminué progressivement en fonction des contraintes de sécurité. En aucun cas ces réacteurs ne seront prolongés par des travaux de rénovation. La encore, une nouvelle filière technologique dans le déclassement des sites peut être attendue, là encore, qualifiante. Les énergies de substitutions seront le biogaz, l'hydrogène, le solaire, l'éolien terrestre et maritime couplés à du stockage. Le véhicule devra être électrique ou au biogaz pour le transport des usagers ou des marchandises. Les usages électriques et la biomasse seront préférés pour le bâtiment. En fait notre transition doit s'assurer que d'ici 2050 toute notre électricité soit renouvelable, et que notre consommation de pétrole et de charbon disparaisse.

Ces objectifs nécessitent de mettre en œuvre un véritable outil de production national d'énergie :

  • L'éolien* doit produire 250 TWh avec plus de 20 000 éoliennes à installer,
  • Le solaire doit produire 150 TWh en utilisant les toitures, les parkings, les friches, les terrains impropre à l'agriculture,
  • Un plan national de méthanisation sera établi dans une conférence nationale et citoyenne,
  • Enfin, la production hydraulique doit rester stable voir légèrement augmenter selon les capacités identifiées

Le stockage doit aussi être soutenu, dans certaines conditions,

*La production à partir d'éoliennes en mer est très certainement plus d'avenir que sur terre. Cette filière pourrait être plus soutenue en France et les différents appels d'offre un levier pour ce faire. Toutefois, une politique énergétique européenne aurait toute sa place pour réaliser ce changement de mix, en tirant partie des spécificités géographiques et climatiques de ses pays membres et en réalisant les infrastructures de transports associées.

Là encore ces investissements seront portés par des financements de long terme publics et privés.

Repenser le modèle de gestion de l'énergie

Les collectivités locales, les autorités organisatrices de la distribution d'énergie et leurs opérateurs locaux seront à même de porter avec efficacité cet accompagnement. Il y a peu de temps plusieurs métropoles se sont exprimées sur leur souhait de s'impliquer plus massivement dans la transition énergétique. Elles considèrent que les leviers d'actions sont trop étatiques ou trop pilotés par les grands acteurs monopolistiques de l'énergie. Il faut faire évoluer la gouvernance du système énergétique. Il faut davantage décentraliser vers l'urbain et le rural. Les usagers, les citoyens, les élus veulent s'approprier la transition énergétique. Qu'à cela ne tiennent, faisons là ensemble.

La rénovation des bâtiments, la gestion du réseau de distribution, la production d'énergie renouvelable, tout cela doit être modifié, changé, amélioré par la proximité tout en maintenant une péréquation de solidarité entre les territoires. A ce titre le TURPE (tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité) sera un outil important à adapter pour modifier certains comportement mais aussi continuer de permettre financièrement l'entretien des futurs réseaux électriques ; de même, la fiscalité de l'énergie au sens large devra accompagner cette transition. Le FACE (financement des aides aux collectivités pour l'électrification rurale) devra être strictement orienté vers les énergies renouvelables. La Commission de Régulation de l'Energie peut aussi innover et proposer des modèles tarifaires décentralisés avec de la péréquation. Le projet supra régional SMILE sera le fer de lance de l'innovation tarifaire en la matière.

Seulement, pour que cette politique publique puisse être pensée, élaborée et suivie il est indispensable que les collectivités locales maitrisent les données utiles. Il faudra donc créer un service public local de la donnée pendant de celui de l'Etat Etalab gérant les données publiques essentielles. Ce service devra être en mesure de récupérer les données énergétiques produites par le secteur privé.

Mais le pilotage de ces politiques locales nécessite une coordination nationale et pas juste un suivi des services de l'Etat grâce à des indicateurs clés. La méthode par l'incitation qui caractérise le très bon travail de l'ADEME ne suffit pas à créer une rupture dans les comportements résistants. Il nous faut maintenant une agence nationale de la transition énergétique qui coordonne le projet. A chacun des niveaux d'actions et de pilotage (national, local) la participation citoyenne devra être intégrée.

Cette agence devra intégrer un suivi global (financier, juridique, innovation, gouvernance) des acteurs privés nationaux de l'énergie à travers l'actionnariat de l'Etat. Elle limitera le pantouflage vers ces grands groupes. Elle s'assurera d'une bonne corrélation entre la stratégie engagée de l'Etat de sortie du nucléaire et celles des entreprises du secteur.


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