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  1. Jacques Palicot
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  3. dimanche 3 mai 2020
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Pour une utilisation sobre et raisonnée du numérique.
Le discours actuel sur le numérique (la société numérique, la start-up nation...) essaie de nous faire croire que le numérique serait LA solution à nos problèmes (gaspillage de papier, suivi des personnes contacts COVID…). Loin de moi, l'idée de rejeter, en bloc, l'intérêt de la technologie numérique et des TIC (Technologies de L'Information et de la Communication). Des travaux de recherche sont menés dans ce domaine pour une utilisation de cette technologie sobre en énergie et respectueuse de l'environnement. Aujourd'hui les TIC émettent 4% des Gaz à Effets de Serre (GES) et consomment 9 % de l'électricité, avec un accroissement de l'ordre de 10% par an, ce qui est supérieur à l'émission de l’aviation civile! On peut effectivement s’interroger sur la contribution possible des TIC à la diminution les 96 autres % d’émission de GES. La période de confinement actuelle est instructive. De très nombreux voyages ont été remplacés par des visios. Il s’agirait de mener une étude complexe pour effectuer un bilan carbone de cette période : les TIC ont-ils permis de diminuer globalement les GES ?
Outre l’émission de GES par la consommation électrique, les TIC polluent le spectre électromagnétique (ex : rendent plus difficiles certaines observations astronomiques), polluent l’environnement et les nappes phréatiques, par les décharges sauvages (dans des pays comme l’Inde ou le Ghana), les équipements électroniques évacués vers ces pays n’étant pas recyclés correctement (ou pas du tout).
Un autre point fondamental est l’exploitation sociale. D’une part, celle des enfants qui sont exploités dans les mines pour extraire les terres rares et métaux précieux nécessaires à la fabrication des équipements (smartphones en particulier) et dans les usines de fabrication des équipements (en particulier en Chine). D’autre part, l’exploitation (dont on parle beaucoup moins) de milliers de travailleurs du Net, sous- payés pour « Taguer » les millions de photos postées sur Internet tous les jours.
Enfin, une autre conséquence sociétale de l’utilisation des TIC est l’importance qu’ont pris les GAFAM qui collectent des milliards de données tous les jours sur toute la population, en particulier sur la vie privée. Ces sociétés ont non seulement un énorme pouvoir économique (monopole) mais également, de plus en plus, un pouvoir politique (influence indirecte d’élections, participation à la censure…)
En tant que chercheurs du domaine, nous proposons des solutions pour diminuer l’émission des GES et pour protéger la vie privée…. Mais force est de constater que l’émission de GES continue à augmenter de l’ordre de 10% par an, que les solutions techniques trouvées, ne sont pas appliquées, car l’objectif est avant tout la rentabilité et le profit rapide des différents acteurs économiques. Nous sommes confrontés au Paradoxe de Jevons ou effet rebond: « Plus on améliore l’efficacité énergétique d’une technique, plus on encourage son développement et sa consommation par le plus grand nombre ». Il apparait clairement que notre regard sur le numérique ne doit pas être que technique mais aussi économique et politique.
C’est ce que je présente dans mon intervention « TIC et Développement Durable » lors de ma remise de médaille URSI France en mars 2020. Vous trouverez sur ce lien exposé TIC et Développement Durable, une version raccourcie. Je propose d’élargir la notion de commun au spectre et aux télécommunications. J’insiste sur le fait que le « libre » est un outil adapté pour gérer ces communs et je propose de réfléchir sur un Internet sobre (low tech, lowcost).
Ma conclusion porte sur la nécessité de créer des groupes transdisciplinaires (sociologie, philosophie, économie, Technologies de l’Information et de la Communication) pour s’interroger sur les effets pervers du tout numérique et en proposer une utilisation raisonnée, et sobre en énergie
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