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L’INTERNATIONALISME, UNE STRATÉGIE GÉO-POLITIQUE POUR LA PAIX (EUROPE, LIBRE-ÉCHANGE, COOPÉRATION POLITIQUE INTERNATIONALE)
Eléments de contexte

Du Chili au Liban, de Hong-Kong à l’Algérie, en passant par la Bolivie, le Soudan, l’Iran, Haïti, l’Irak et la France, une trentaine de pays, sur tous les continents, connaissent « une crise de gouvernementalité ». Au-delà des contextes et des particularités, ces soulèvements expriment d’une part une contestation du mode de production des richesses et de leur répartition qui entraînent l’accroissement des inégalités et de la pauvreté, et d’autre part un rejet des systèmes politiques, une volonté de dignité et de reconquête d’une démocratie non corrompue. Ils se rejoignent sur la dénonciation globale d’un système qui broie l’humain et le vivant au nom du profit avec la complicité des Etats, et alimente une désespérance générale, y compris dans des régimes de démocratie représentative.

  • Une approche internationaliste des enjeux

Dans une perspective internationaliste, il convient, dans un premier temps d’analyser les enjeux et défis communs dans un monde profondément bouleversé. Parmi eux, Thomas Gomart (L’affolement du monde, Ed Tallandier) cite les ambitions de la Chine, les inconstances de la puissance américaine, la résurgence de la Russie, les fragmentations du Moyen-Orient et les guerres au Sahel, la compétition militaire et le rôle des acteurs non étatiques, les guerres commerciales, la lutte pour le contrôle des espaces communs (mer, air, spatial et numérique), les migrations et le choc des identités, le réchauffement climatique, et la paralysie de l’Europe. 

Les conflits actuels échappent souvent aux grandes puissances et les références identitaires, ethniques, religieuses, se sont substituées aux oppositions politiques et idéologiques.  Ils fusionnent le social et le politique, s’appuient sur des humiliations ressenties, réactualisent le passé colonial, voire esclavagiste. Et, dans un monde globalisé, ils peuvent susciter une attractivité très forte et s’internationalisent facilement. Leurs causes, souvent très locales, se conjuguent alors aux processus de désintégration institutionnelle pour alimenter des guerres civiles internationalisées.

Les effets du réchauffement climatique sur tous les continents s’avèrent plus dévastateurs encore pour la survie de populations démunies et fragiles qui subissent les conséquences aggravées de phénomènes météorologiques extrêmes, des conflits[1] pour l’accès au foncier et aux ressources, la destruction de leurs moyens de subsistance, les capacités limitées et l’incurie des Etats pour y faire face qui entraînent migrations et contribuent au développement des réseaux terroristes.

De l’extraction des ressources minières en Afrique aux expérimentations de nouvelles formes de « capture » et d’ubérisation du travail des migrants en France, un continuum d’exploitation s’est instauré où exploiteurs et exploités sont toujours les mêmes. Ainsi, l’injustice sociale et l’incurie climatique et environnementale forment les deux faces d’une même logique d’exploitation de l’humain et du vivant, sur l’ensemble de la planète.

Au-delà d’une politique d’accueil digne, humaine et solidaire essentielle, les exilés nous interrogent sur les mobilités et évolutions du monde. Les migrations sont le symptôme des dérèglements qu’ils soient politiques, économiques, sociaux ou climatiques.

Le nécessaire dépassement du productivisme doit prendre en compte les niveaux de développement des différents pays, les besoins des populations, et s’appuyer sur leur histoire, leurs évolutions, leurs expériences, leurs stratégies et demandes légitimes.

Cependant, face aux défis cruciaux, le plus inquiétant réside dans l’incapacité quasi universelle à y répondre. La tendance mondiale au nationalisme, au populisme et au repli sur soi, l’exacerbation des identités, l’utilisation de la diplomatie à des fins intérieures, la cécité face aux changements climatiques, mettent en danger la planète comme ses habitants.

L’Europe a perdu tout pouvoir d’influence en raison de son incapacité à agir en commun, mais les clivages qui la fracturent font douter de sa propre existence. Les questions de son évolution, de ses valeurs, de ses objectifs, modalités d’action, alliances, mais aussi son fonctionnement et son organisation méritent débat.

Quant à la France, elle oscille entre déni de la réalité, postures et reniement de ses valeurs, recherche d’une grandeur passée et repliement sur des intérêts économiques à courte vue, sans analyse globale ni vision stratégique.

  • Une stratégie multilatérale pour la paix

Apparu au XVIIIème siècle et mis en œuvre progressivement à partir de la première guerre mondiale, le concept de multilatéralisme a laissé la place à la loi du plus fort.

Les échecs successifs du « système international », son impuissance face aux crises économiques, financières, géopolitiques, et le rejet des principales puissances mondiales et régionales, des Etats-Unis à la Chine, en passant par la Russie, l’Inde, la Turquie ou le Brésil, d’un cadre multilatéral au profit des rapports de force et d’un nationalisme agressif, ont mis à bas toutes les instances dont l’objectif de « gouvernance mondiale » visait à préserver un certain équilibre du monde.

La crise profonde et globale de gouvernabilité face aux enjeux économiques, sociaux, écologiques et démocratiques appelle une vision d’un avenir commun. C’est ainsi qu’il convient de renouer avec l’humanisme et l’universalisme traditionnellement portés par la gauche et de définir tout projet de transformation de la société à partir des intérêts communs de l’humanité, dans une logique de solidarité et de rassemblement pour affronter les défis cruciaux. En réponse aux attentes des populations, en France, en Europe et dans le monde, il s’agit de dessiner un futur qui pense l’usage de la planète comme un usufruit commun et renouvelle les modalités de justice sociale, de solidarité, de démocratie, de droits de l’homme, de communauté internationale.

Pour cela il faut  un  nouvel  ordre politique et social qui soit différent de la notion d’Etat-nation, laquelle prétend au monopole de l’exercice du pouvoir et de la force sur un territoire donné.  Il convient de conjuguer arrêt des violences, consolidation des systèmes politiques, développement économique et social, intégration des populations, amélioration des conditions de vie, sinon par la participation active des sociétés civiles à la réconciliation et aux choix politiques.  

 

[1] On estime à 500 000 le nombre de victimes des « guerres climatiques » d’ici 2030

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